Jumelages : Partage de savoirs avec l’Arménie
Photo conférence Arménie

Patrick Alecian (à gauche), psychiatre et ancien coordinateur de la Maison de l’Adolescent du Val-de-Marne, et Jean-Marc Baleyte, chef du service universitaire de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent au Chic, sont les deux pilotes du projet.

 

Une équipe de professionnels du secteur médico-psychologique mène, depuis quelques mois, un projet d’échanges d’expériences avec leurs homologues de la ville jumelée de Gyumri, en Arménie, dans le domaine du suivi des enfants et des adolescents confrontés à des événements traumatiques. Un partage de savoirs qui bénéficie à tous.

 

Si l’Arménie et la France entretiennent des liens étroits depuis de nombreuses années, c’est également le cas des villes de Gyumri et Créteil qui viennent de renforcer leurs relations. Dernière collaboration en date, un échange d’expériences de professionnels amenés à travailler sur le suivi médico-psychologique des adolescents, et plus généralement des enfants.

 

Ce projet, porté par Patrick Alecian, psychiatre et ancien coordinateur de la Maison de l’Adolescent du Val-de-Marne, découle de sa rencontre avec les équipes de villages d’enfants et de l’université de Gyumri en 2016. “Du constat de l’isolement important de cette ville, de par des conditions naturelles mais aussi post-traumatiques, est née une hypothèse de travail concerté d’échanges et de formations entre différentes équipes œuvrant sur Créteil et sur Gyumri”, relate Patrick Alecian. Rappelons que ce pays, très enclavé, à l’histoire mouvementée, a connu en 1988 l’un des tremblements de terre les plus meurtriers du siècle dernier, faisant près de 30 000 morts, des dizaines de milliers de blessés et plus de 500 000 sans-abris. Trente ans plus tard, la ville de Gyumri, détruite à près de 60% à l’époque, continue de se reconstruire et est aujourd’hui particulièrement en attente d’échanges.

 

Un échange professionnel, interdisciplinaire et interculturel

 

La gestion des psycho-traumatismes chez l’enfant est une thématique interdisciplinaire et interculturelle, à laquelle nous sommes parfois violemment confrontés. Jean-Marc Baleyte, chef du service universitaire de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent au Chic et copilote du projet, explique : “Notre société est frappée par des traumatismes et des violences qui interrogent notre capacité de résilience collective, familiale, communautaire. Nous avons beaucoup à apprendre des autres, des personnes expérimentées, éprouvées, qui savent, souvent mieux que nous, apporter des réponses.” C’est ainsi que les équipes de la Maison de l’Adolescent et du Chic à Créteil, de la Fondation Arevamanuk (qui a notamment accueilli des enfants et adolescents au lendemain du tremblement de terre) et des facultés de psychologie et de médecine à Gyumri ont réfléchi à l’élaboration d’un partenariat, prenant la forme, dans un premier temps, d’un cycle de conférences et de formations. Le Comité de Jumelage a facilité la mise en relation des deux villes.

 

La Ville de Gyumri s’est fortement mobilisée lors du premier déplacement, en juillet dernier, d’une délégation emmenée par Patrick Alecian, composée de Marlène Iucksch, psychologue franco-brésilienne, Jean-Marc Bouville, directeur de la Revue de l’enfance et de l’adolescence du Rafef Grape, Anne-Marie Royer, psychiatre et responsable d’un centre médico-psychologique pour adolescents à Alfortville, Sevan Minassian, psychiatre au CHU d’Aulnay-sous-Bois et à la Maison des Adolescents de Cochin, et Martine Jacob, anthropologue et responsable du service de la Jeunesse de Montréal. Signe de l’intérêt collectif pour cette problématique, l’initiative a été relayée sur place par la télévision locale et nationale.

 

Vidéo-conférences et travaux partagés

 

Photo video conférence Arménie

Un cycle de vidéo-conférences et de formations, réunissant professionnels et étudiants, matérialise le partenariat entre Gyumri et Créteil.

 

Deux vidéo-conférences ont déjà eu lieu entre les deux universités partenaires du projet, l’Upec et la Shirak State University. “Nous avons, par exemple, entamé une discussion autour de la protection de l’enfance, explique Jean-Marc Baleyte. Ici, nous avons des idées formalisées autour du droit de l’enfant et des dispositifs qui vont avec. C’est intéressant de pouvoir échanger avec des professionnels qui font de la psychologie sans pouvoir s’appuyer sur de tels dispositifs. Cet échange nous permet de voir comment on peut perdre nos repères quand on est dans des situations où le droit de l’enfant n’est plus central ou quand des traumatismes bouleversent tout, comme lors des attentats.”

 

La troisième conférence est prévue ce mois-ci. En 2018, les conférences auront lieu tous les deux mois. À Créteil, l’équipe s’enrichit avec des professionnels du service de psychiatrie sectorisée et la cellule d’urgence médico-psychologique (CUMP) de l’hôpital Henri Mondor, des professeurs, des étudiants… À Gyumri, des médecins généralistes, souvent en première ligne, ont souhaité s’associer au projet. D’autres universitaires du Québec, du Maroc et du Brésil ont également manifesté leur désir d’y participer.

 

Une convention a été signée entre le doyen de l’Upec et le recteur de l’université de Shirak qui prévoit un développement de ce séminaire. L’objectif est de procéder à la retranscription des interventions afin de pouvoir consulter et partager ces travaux. L’échange entre les deux universités se concrétise en particulier avec l’accueil, ce mois-ci en Arménie, d’une étudiante de l’Upec, dont la recherche porte sur la santé psychique des enfants placés à la naissance en institution. D’autres pistes sont envisagées, comme la création d’un master 2 sur les traumatismes de l’enfance, des échanges d’étudiants avec Erasmus +… Des demandes ont été exprimées des deux côtés pour approfondir les débats sur des pratiques, des techniques et des dispositifs spécifiques, comme celui assez exceptionnel de la CUMP. En 2018, sera commémorée la 30e année du tremblement de terre et des interventions pourraient avoir lieu à cette occasion. Un projet très intéressant, dont les travaux issus de cette démarche scientifique pourraient nourrir des propositions d’actions en termes de politique, de justice et de santé.