Les résidences artistiques portées par les établissements scolaires
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photo des ateliers en residence

La résidence en établissement scolaire met en œuvre trois démarches fondamentales de l'éducation artistique et culturelle : la rencontre avec une œuvre par la découverte d'un processus de création, la pratique artistique, la pratique culturelle à travers la mise en relation avec les différents champs du savoir et la construction d'un jugement esthétique. Elle incite également à la découverte et à la fréquentation des lieux de création et de diffusion artistique.

 

Louise Oligny à l’école élémentaire Albert Camus

Note d’intention de l’artiste

«Quand je serai grand, j’aurais été petit »

L’école Camus a collaboré à mes précédents projets sur le quartier du Mont-Mesly : l’Appartement studio et Nomade, carrefour de l’amour.

 

Ces deux expériences ont été très positives, puisqu’elles ont permis de créer des liens forts avec l’équipe pédagogique, les familles et les enfants. Etant donné que ces deux projets s’ancraient au cœur du quartier, il y a eu un brassage entre l’école et le quartier qui m’a fait gagner de la crédibilité au sein de l’école ainsi qu’une confiance au sein du quartier. C’est dans ce contexte qu’est venue l’idée de continuer à travailler avec l’école Camus, afin de faire fructifier ces acquis de confiance mutuelle avec les enfants, les familles et l’école, et pour créer avec eux un projet encore plus ambitieux.

 

Il nous semble, à Mme Droal-Caillou, directrice de l’école Camus et moi-même, qu’il faut continuer l’aventure que nous avons commencée et qu’il serait dommage d’arrêter une expérience, une collaboration qui ne cesse de porter ses fruits.

 

Pour ma part, je considère comme un privilège la confiance que m’accordent les habitants du quartier et je suis curieuse de voir jusqu’où ces liens - assez exceptionnels, si j’ose dire - peuvent porter un projet artistique.

 

Les gens sont toujours au cœur de mes projets. Un aspect primordial de mon travail est le lien que j’établis avec eux, et c’est à partir de là que s’élaborent mes vidéos. C’est dans un inextricable mélange de ce que les gens me donnent, me confient, et de ce que je leur donne et leur confie à mon tour, que se tisse une œuvre à travers ces liens. Il naît alors quelque chose qui souvent m’étonne moi-même. Non pas que je ne contrôle pas le processus - je tiens ma place d’artiste - mais je ne contrôle pas la matière. Quelque chose d’organique niché au sein de cette relation, de cette communication quasi inconsciente, s’impose, s’étale, prend vie et c’est ça la véritable matière que je pétris.

 

Forte de ces acquis, je désire reconduire une expérience artistique à l’école Camus. Mon idée est de faire une vidéo « de l’enfance ». Travailler sur l’image, dans le sens de l’imaginaire, de l’évocation. Des images pour réveiller les souvenirs universels, cette nostalgie universelle de ce moment où l’on s’éveille au monde : l’enfance. Je voudrais, en m’approchant le plus possible d’une vérité, que les enfants mais aussi les parents se laissent aller à leurs émotions. C’est en cela que les liens de confiance ont leur importance.

 

Exemple : Image de cour de récréation, de main dans la main, de ballon qui rebondit, de genoux calleux, de larmes, de rire, la maison, la chambre, les frères et sœurs, la sieste, les ami(e)s pour la vie, le chat, la marelle, les nattes, les poux, les histoires de maman, etc.

 

Je filmerai des images qui se fondront les unes les autres dans une évocation de l’enfance plus que dans la démonstration, et ces images seront accompagnées d’une trame sonore qui sera un mélange de bruissements, de murmures, sur un fond de percussions produit par les enfants.

 

La bande sonore sera aussi très importante. Idéalement, je voudrais que l’on puisse regarder la vidéo sans le son et écouter la bande sonore sans la vidéo. Il s’agirait de deux œuvres qui se marient. Des bruissements, des rires, des pleurs, un murmure, le bruit des pieds sur la marelle, les mains qui se frôlent… Je voudrais enregistrer des bruits, là encore qui évoquent un moment de la vie que nous avons tous partagé (du moins les personnes âgées de plus de 10 ans). Je voudrais rendre compte de la représentation de l’enfance de ces enfants-là ! Issus de ce quartier-là ! De cette école-là ! Rendre ces enfants, qui sont déjà dans les statistiques, dans les dispositifs, des ZEP, de RSA, des zones sensibles, …, de rendre ces enfants universels. Que leur enfance évoque la nôtre, L’ENFANCE. Pour que l’on ressente, le temps d’une vidéo, que ces enfants issus de l’immigration, ces enfants des quartiers, que « ces autres » sont nous. Ils construisent une mémoire commune: les bruits de la cour, l’odeur de sa mère, l’odeur des gâteaux, les jeux, la sensation des billes dans la main, le murmure du secret de sa meilleure amie, etc.

 

Je voudrais aussi inclure dans cette vidéo, ou en faire une autre qui pourrait être projeté simultanément, des autoportraits des enfants qui voudront participer à ce projet.

 

Mon but est non seulement de permettre l’accès à l’art mais aussi de rendre accessible l’idée même de l’art. Dans ce sens, travailler la vidéo, la photo est fantastique. Déjà cette année, dans le cadre du projet Nomade, les enfants sont en train de réaliser un petit film. Ils utilisent une tablette comme caméra. J’ai dessiné avec eux un story-board.

 

Je suis émerveillée par ce qu’ils filment. Le téléphone portable ou la tablette font partie de leur vie. Dans leur famille, on possède déjà un de ces outils et leurs parents les photographient ou les filment. Ces enfants sont issus d’un milieu où l’accès à la culture est difficile. Pouvoir travailler avec un outil qui leur est si accessible, complètement démystifié et intégré au quotidien, est fantastique, car il est beaucoup plus facile d’introduire une notion de réflexion, d’intention artistique quand l’outil est déjà considéré positivement. De plus, on peut refaire et reprendre car, une fois la tablette acquise, on peut produire de façon gratuite. On peut donc réfléchir sur une image ou sur un bout de film et le recommencer.

 

Avec l’autoportrait je peux passer de l’idée de selfie à l’idée de photographie, amener les enfants à parler d’eux, à se photographier avec leur famille, dans leur vie.

 

Idéalement j’aimerais pouvoir faire une première restitution autour de février. J’irais à l’école, une ou deux demi-journée par semaine, pour filmer mais aussi pour travailler avec les enfants, recevoir leurs images  et faire les pré-montage sur place afin qu’ils puissent être témoin du processus.

 

Je solliciterai aussi  un intervenant en body clapping, car la bande sonore de ce projet sera très importante. Je veux  que tout le film s’appuie sur des sons produits par les enfants, des cris, des rires, des murmures mais aussi des percussions produits par leurs pieds, leurs mains, leurs corps. Cela me permettra visuellement de filmer leurs pieds et leurs mains en gros plan et de passer d’un environnement à l’autre : classe, cour de récré, maison en insérant ces images, ces images seront aussi des passerelles entre le travail des enfants et le miens.

 

De plus ces rythmes deviendront comme des vagues qui accélérons ou ralentirons le ressenti face à l’image.

 

Il me semble important qu’un professeur vienne à l’école enseigner quelques rythmes de base à des groupes qui pourront ensuite être enregistrés. Le body clapping est une forme de percussion avec une histoire et une tradition, c’est pourquoi cela doit être pris au sérieux et présenté et enseigné par un professionnel. De la même façon, je choisis de faire travailler les enfants avec des outils à leur porté : téléphone portable, tablette, je choisi de leur faire faire de la musique avec ce qu’ils ont de plus accessible : leur corps. Et de la même manière que malgré le matériel modeste de prise de vue, je veux leur inculquer de l’exigence, je veux que les ateliers de rythme soient menés par un professionnel. Il me semble important de porter le message que l’art, la création se fait avec de l’intention peu importe le médium à notre porté.

 

Calendrier

Je commencerai le projet début novembre après les vacances scolaires jusqu'à fin février ce qui couvre 14 semaines de présence à l’école. (Je ne compte pas les temps de montage, ni l'éditing des photos des enfants ni la composition musicale, etc. qui peut se faire en dehors des temps scolaires)

 

Je travaillerai avec des groupes de 12 enfants sur des périodes de deux semaines ce qui permettra de toucher directement 84 enfants.

 

Le professeur en body clapping pourra venir une heure à l’heure de la pause  méridienne toutes les deux semaines pour initier chacun des groupes.  Ce qui représente 7 heures. Nous aurons besoin de sa présence une heure supplémentaire lorsque nous réunirons tous les groupes pour les enregistrer. Ce qui fait un total de huit heures.

 

Je prévois une première restitution en février, un "art in Progress'', pour Art et Ville qui se tient traditionnellement à la MAC. Je suis en contact avec la MAC pour une  présentation du travail final en mai. Le film sera bien sûr montré à l'école Camus de même qu'au collège Laplace. Une projection sera par ailleurs organisée à la Maison de la Solidarité et à la Haye aux Moines.

 

En dernier lieu, Frédérique Giacomini vient de me confirmer son accord pour une restitution à la médiathèque Nelson Mandela.

 

Au total 7 temps de présentation, voire davantage, sur la Ville.

 

Je tiens aussi à préciser que ce projet s’inscrit avec plusieurs partenaires : la Direction de la culture de la ville de Créteil, la Maison de la Solidarité, La Maison pour tous de la Haye aux Moines, l’école Camus.

 

Louise Oligny