Perspectives : Valo’Marne - Un modèle d’économie circulaire et solidaire

Unité de valorisation énergétique de Créteil

 

Booster la production d’énergie et de chauffage, produire de l’hydrogène pour les véhicules propres, faire pousser des tomates, favoriser l’insertion et créer des emplois : l’usine d’incinération de Créteil va être modernisée pour devenir une référence en matière d’économie circulaire et solidaire.

 

C’est dans le cadre du renouvellement de la délégation de service public, que Suez et Tiru (filiale d’EDF) vont s’engager, à hauteur de plus de 900 millions d’euros sur vingt ans, pour moderniser l’usine d’incinération de Créteil. Cette modernisation comprend plusieurs volets comme l’accroissement de la production de chaleur pour le chauffage urbain, la production d’hydrogène, une serre urbaine et pédagogique, et la formation et la création d’emplois locaux. Le tout avec une nouvelle appellation : Valo’Marne. “Ambitieux et innovant, c’est le plus gros projet industriel de ces vingt dernières années en Île-de-France”, se félicitait Laurent Cathala, le maire de Créteil, lors de la signature de la Charte d’excellence circulaire et solidaire par le groupe Suez, le Syndicat mixte intercommunal de traitement des déchets urbains du Val-de-Marne (Smitduvm) et les territoires Grand Paris Sud Est Avenir, Paris-Est Marne et Bois, et Grand-Orly Seine Bièvre, le 29 janvier 2018. 

 

De droite à gauche : Jean-Louis Chaussade, directeur général de Suez. Laurent Cathala, maire de Créteil et président de Grand Paris Sud Est Avenir. Jacques JP Martin, président de Paris-Est Marne et Bois. Michel Leprêtre, président de Grand-Orly Seine Bièvre et Axel Urgin, président du Smitduvm, ont signé lundi 29 janvier 2018, la Charte d'excellence circulaire et solidaire qui engage tous les partenaires.

Plus de chauffage urbain et plus écologique

 

Une nouvelle ligne d’incinération va être construite pour traiter encore plus de déchets. Cet investissement représente 130 millions d’euros et devrait générer 260 emplois directs et indirects. Ainsi, à partir de 2023, 345 000 tonnes de déchets (contre 245 000 actuellement) seront triées chaque année. Le développement du réseau de chaleur de Créteil va permettre de fournir aux 19 communes adhé­rant au Smitduvm une électricité verte au prix de l’électricité normale. À Créteil, les déchets transformés en électricité ou en chauffage permettront d’éclairer 34 000 foyers et d’en chauffer 37 000. De plus, le réseau sera prolongé jusqu’à Vitry et sera raccordé au réseau de chauffage de la Ville de Paris.

 

 

Moins cher et moins polluant

 

Cerise sur le gâteau, grâce à ces nouveaux gains de productivité, au cours des vingt ans de concession, le coût pour les usagers devrait baisser de 40 € par tonne traitée, passant, à terme, de 115 € à 75 €. Par ailleurs, des travaux sur les installations permettront également de passer d’un traitement humide à un traitement sec des fumées afin de réduire la consommation d’eau de moitié. Soit environ 50 000 m3 d’eau de moins chaque année, avec une réduction de 75% de la consommation de gaz naturel. De nouveaux filtres à fumée seront aussi ajoutés.

 

Moins de carbone, plus d’oxygène

 

 

C’est une “première mondiale”, assure-t-on chez Suez. Le projet de Créteil comporte une innovation révolutionnaire. Il prévoit, en effet, la réalisation d’un puits de carbone installé à côté du site de l’usine d’incinération. “Piégé”, le C02 des fumées industrielles sera transformé en oxygène, grâce à l’action de microalgues. Ce procédé, imaginé par la start-up bordelaise Fermentalg, permet de purifier l’air urbain. Les microalgues logées dans une colonne d’eau “mangent” le CO2 de l’air ambiant et “restituent tout simplement” de l’oxygène.

 

Une serre d’agriculture urbaine et des tomates made in Créteil

 

 

Autre innovation, Suez a décidé de déployer sur le site de Créteil, une serre d’agriculture urbaine sur 4500 m². Celle-ci sera chauffée grâce à la chaleur inutilisée de l’usine. Ainsi, l’opérateur a calculé qu’une centaine de tonnes de tomates (ou autres légumes ou fruits) pourra être produite chaque année et distribuée en circuits courts. Six emplois seront créés pour s’occuper de ces productions. Outre un responsable d’exploitation, un employé sera en charge de la distribution et quatre autres se consacreront à l’exploitation de la serre.

 

Par ailleurs, une autre serre plus petite, jouxtant celle dédiée à la production, sera aménagée et utilisée pour des parcours pédagogiques et l’éducation au développement durable. Elle servira égalementà la valorisation de l’ensemble du site, avec démonstrations d’aquaponie (système qui unit la culture de plantes et l’élevage de poissons), mur de déchets, lombricompost… C’est Ecophylle, association d’éducation au développement durable, qui sera chargée d’animer la serre pédagogique où le public pourra également assister à des visites virtuelles de l’usine d’incinération. Cet équipement a vocation à devenir très vite une référence en matière d’éducation au développement durable en milieu urbain et à l’économie circulaire. Et cela, à l’échelle du Grand Paris.

 

De l’hydrogène pour des véhicules propres

 

 

Là encore, il s’agit d’une “première en Europe !”. Une partie de l’électricité produite grâce à l’incinération des déchets sera utilisée pour fabriquer de l’hydrogène. Par électrolyse de l’eau, il y a séparation de l’hydrogène et de l’oxygène. L’oxygène pourra être stocké et revendu, et l’hydrogène pourra alimenter une flotte de véhicules légers, type taxis ou véhicules de collec­tivités, par exemple. “Un «hub» [plaque tournante] de distribution pour l’ensemble des stations de recharge de la région parisienne sera ainsi créé”, indique l’opérateur Air Liquide. Cet hydrogène fournira une énergie propre pour des véhicules de nouvelle génération. Une centaine de voitures, notamment les taxis “Hype”, roulent déjà à l’hydrogène en région parisienne.

 

 voiture éléctrique

Des taxis “Hype” roulent déjà à l’hydrogène

 

300 emplois et 325 000 heures d’insertion

 

Enfin le volet insertion n’est pas le moindre de cet ambitieux projet. C’était une clause du contrat imposée par la Ville. En vingt ans, 300 emplois directs et indirects seront proposés à des personnes en insertion, soit sur le site (conducteurs de fours, logistique, manutention ou encore préparation des chariots de collecte), soit au niveau des entreprises sous-traitantes. Ainsi, 325 000 heures d’insertion seront réalisées pendant toute la durée de la convention, réparties entre plusieurs partenaires. D’ores et déjà, l’Unité de valorisation énergétique vient d’accueillir un jeune en alternance comme conducteur de four. Son rôle consiste à gérer informatiquement l’approvisionnement des fours. Quatre emplois en insertion vont être créés pour ce poste. Des emplois indirects doivent être aussi proposés par des partenaires sélectionnés par le gestionnaire du site. C’est le cas de Vitaservice, une entreprise spécialisée dans le traitement des Darsi (déchets d’activités de soins à risques infectieux) qui emploie déjà 19 salariés en CDI.

 

À moyen terme, 12 postes en CDDI (contrat à durée déterminée d’insertion) pourraient être proposés en complément ou en remplacement de départs. Au total, l’exploitation de l’usine avec ses trois lignes de traitement, incluant les salariés et sous-traitants de Valo’Marne, représentera 74 emplois. Les activités connexes (serre, hydrogène…) devraient également générer une dizaine d’emplois. Les 325 000 heures en insertion qui ont été négociées sur les vingt ans d’exploitation, représentent quelque 16 250 heures par an.

 

Parmi les 300 emplois et les 325 000 heures d'insertion, 12 postes en CDI pourront être créés notamment
pour le traitement des déchets d'activités de soins à risques infectieux.

 

Article de Créteil, Vivre Ensemble, mars 2018, n°380