Théâtre : Ubu radical, grotesque et déjanté
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Ubu

© Sébastien Norman

 

Olivier Martin-Salvan offre une adaptation burlesque d’Ubu sur la butte d’Alfred Jarry, où la lutte pour le pouvoir se fond dans une compétition de GRS.

 

Lâche, traître, naïf, bête, goinfre et méchant… Le Père Ubu, personnage grotesque et récurrent des pièces d’Alfred Jarry, incarne les vices les plus primaires. C’est ce personnage incontournable du théâtre de l’absurde que le comédien Olivier Martin-Salvan revisite, à la demande d’Olivier Py, directeur du festival d’Avignon. Ubu sur la butte est une version raccourcie, brusque et directe d’Ubu Roi, retravaillée par Jarry lui-même. Il l’expurge de toute psychologie, adapte la pièce pour le théâtre de marionnettes et la radicalise en vue de la présenter à un cabaret montmartrois d’avant-garde, en 1901. Pour cette mise en scène version 2017, le collectif a conçu le spectacle comme un véritable terrain de jeu.

 

L’acharnement à accéder au pouvoir

 

Ubu et ses acolytes déboulent en justaucorps sur des tapis de gym, en petites foulées. Avec le chorégraphe et les plasticiens, Olivier Martin-Salvan s’est approprié des codes de l’aérobic pour en accentuer le côté mécanique. Les combinaisons moulantes propres à cet univers, la lumière crue et la musique abrutissante des salles de sport illustrent aussi bien l’effort physique que l’acharnement à accéder au pouvoir.

 

Répéter des gestes, se soumettre à des concours pour gravir un podium ou gagner une médaille semblent répondre à une pulsion semblable à celle qui pousse le Père Ubu à multiplier les crimes pour conserver le pouvoir.

 

Les spectateurs, répartis autour de la scène comme autour d’un ring, assistent à la montée en puissance d’une dictature grotesque, à coups de boudins en mousse. Olivier Martin-Salvan, qui a failli devenir rugbyman professionnel, connaît le pouvoir d’embrigadement et la capacité de formatage des esprits mis en œuvre dans le sport. Il s’est aussi longtemps questionné sur cette propension à nous perdre dans la dépense physique, pour oublier les soucis du quotidien.

 

“On parle beaucoup aujourd’hui d’un besoin permanent de se vider la tête sans se demander à quel moment on la remplit”, constate-t-il. Avec cet Ubu, symbole de la cupidité des hiérarchies politiques et de l’absurdité de vouloir toujours tout obtenir, c’est un regard féroce et amusé qui est porté sur la conquête du pouvoir, ses alliances, ses trahisons et ses rabibochages. Une pièce qui résonne incroyablement aujourd’hui.

 

Ubu, à 20h, du 25 avril au 6 mai (sauf 30 avril, 1er et 2 mai) à la Maison des Arts.

Réservations : 01 45 13 19 19 ou  www.maccreteil.com