Citoyenneté : Les voies du vivre ensemble

Théâtre, débats, expositions, c’est pour lutter contre les préjugés et toutes formes de discriminations que l’association Filles et Fils de la République s’est lancée dans des actions qui revendiquent une citoyenneté à part entière.

 

Photo de la troupe de Sois re-belle et t'es toi !

Les membres de la troupe de Sois re-belle et t’es toi !.

 

L’association Filles et Fils de la République est née au lendemain des violences urbaines qui ont embrasé les banlieues en octobre 2005 suite à la mort de deux adolescents électrocutés dans l’enceinte d’un poste électrique alors qu’ils cherchaient à échapper à un contrôle de police à Clichy-sous-Bois. Très touchée par ces événements, Salika Amara, alors professeure de lettres et d’histoire au lycée Léon-Blum à Créteil, décide de réagir et crée, en décembre 2005, avec d’autres citoyens engagés, Filles et Fils de la République.

 

L’enjeu ? Lutter contre l’ostracisme et tenter de réduire la fracture entre jeunes de banlieue et société, en dénonçant en particulier, “les stéréotypes qui les enferment dans un espace autant géographique que mental, « la banlieue », […] qui les empêchent de se construire de manière plus sereine […] et de se reconnaître dans les notions de République et de citoyenneté. Des stéréotypes auxquels le plus souvent ils s’opposent selon des modalités défensives qui se retournent contre eux.”*

 

Signalons, à ce propos, que Salika Amara, arrivée en France à l’âge de 2 ans, en 1951, avec sa famille algérienne, a été formée à l’école de la République dont elle revendique les valeurs. Filles et Fils de la République s’attache donc à défendre “les droits du citoyen”, “promouvoir l’implication citoyenne au-delà des clivages ethniques religieux ou sociaux”, dénoncer tout acte discriminatoire. L’arme de ce combat : la mise en place d’actions culturelles.

 

“Devenir sujet de son histoire”

 

On peut ainsi citer, par la troupe Kahina et Cie, la pièce de théâtre, créée en 2010, Responsables, mais non coupables… où un grand-père, s’adressant à son petit-fils, retrace son parcours migratoire. Il s’agit d’établir des repères à travers la transmission d’une mémoire occultée en lien avec la réalité d’aujourd’hui afin que le jeune “devienne sujet de son histoire”.

 

Devenir le sujet de son histoire est aussi au cœur du message de la dernière création de la troupe (mars 2016), Sois re-belle et t’es toi ! lauréate du dispositif de la Ville, “Créteil soutient la créativité”. Fruit d’un travail collectif, la pièce rassemble sur scène une dizaine de femmes issues de quartiers populaires de Créteil, Paris et Seine-Saint-Denis, toutes générations confondues (de 23 à 66 ans). Lors d’un atelier d’écriture, elles ont couché sur le papier des sujets qui les touchent : des violences conjugales à la mode, en passant par la religion, la politique… Résultat, un spectacle jubilatoire et mordant (présenté en mai au CSC Rebérioux) où elles découvrent et dévoilent des identités plurielles, bien loin des clichés réducteurs qui les désignent trop souvent et qu’elles font voler en éclats avec une belle énergie.

 

Débats, rencontres, expositions sont aussi à l’actif de l’association, telle l’exposition itinérante, “La Marche de 83” (Marche pour l’égalité et contre le racisme qui eut lieu du 15 octobre au 3 décembre 1983, de Marseille à Paris) ou celle plus récente dédiée aux “Chibanias [femmes âgées], nos mères-courage”, ces femmes invisibles de l’immigration qui ont vieilli en France. Plus que jamais, est convaincue la présidente de FFR, le partage d’idées et d’armes culturelles est essentiel à la construction d’une identité citoyenne pour un engagement solidaire et actif dans la vie de la cité.

 

* Extrait d’un article de Salika Amara paru dans L’Humanité (27/01/2005) qui rendait compte de sa visite au camp d’Auschwitz en 2003 avec un groupe de ses élèves.

 

Contacts : ffrsalih@aol.com et kahinacie@aol.com / 06 22 16 40 29

 

Article de Créteil, Vivre Ensemble, septembre 2016, n°364

F@ire ensemble