Société : violences conjugales, un réseau pour s’en sortir
Violences conjugales : un réseau pour s’en sortir

Écoute, conseils, prises en charge et protection au CIDFF 94.

 

Face aux violences conjugales, la Ville est pleinement mobilisée. Pour cela, elle dispose d’un réseau efficace de partenaires bienveillants et à l’écoute des victimes.

 

À la mi-octobre, on déplorait en France 121 “féminicides” depuis le début de l’année 2019. Autrement dit, un meurtre commis sur une femme par son ou sa partenaire. Avec une femme sur dix victime de violences conjugales, il est urgent d’agir. Loin des clichés, ces femmes sont tout autant jeunes qu’âgées, issues des villes que des campagnes et de toutes origines et caté­gories sociales confondues. C’est un problème qui nous concerne tous. Le Département du Val-de-Marne comptabilise, pour sa part, 3200 femmes suivies par des professionnels pour toutes sortes de violences conjugales.

Qu’entend-on par violences conjugales ?

 

Il s’agit d’un processus évolutif au cours duquel une personne exerce, dans le cadre d’une relation privée et privilégiée, une emprise et une domination sur l’autre. Ce n’est pas une violence accidentelle, mais bien une atteinte volontaire à l’intégrité de l’autre. Les violences peuvent prendre de multiples formes : verbales, physiques ou sexuelles, mais aussi psychologiques et économiques. Au nombre de ces comportements, tous punis par la loi, on peut citer les injures, les menaces, les coups et blessures, la séquestration, les comportements sexuels non consentis, les viols, l’interdiction de voir ses amis ou sa famille, l’interdiction de travailler, la confiscation de documents officiels (carte Vitale, pièces d’identité)…

 

À Créteil, “sur l’année 2019, le commissariat a traité 319 plaintes”, déclare Clémence Chtchigrovsky, psychologue au commissariat depuis maintenant onze ans. Souvent orientées par les policiers suite à une plainte ou à une main courante – qui, dans ce dernier cas, ne génère a priori aucune enquête – les victimes acceptent parfois de se confier. Auprès de Clémence Chtchigrovsky, elles trouvent une écoute attentive et bienveillante : “L’idée est d’essayer de les sortir de la spirale de la violence, de la peur, de l’angoisse, de l’emprise de leur compagnon et de la culpabilité qui parfois les hante, a fortiori quand l’homme est le père des enfants. […] Le propre des violences conjugales, c’est qu’elles s’exercent dans l’intimité d’un couple et donc a priori en dehors de tout regard extérieur. […] Déposer plainte, c’est donc permettre à l’État de poser les limites. Il peut s’agir de punir pour mieux protéger, mais je n’oblige personne, jamais. Ce n’est pas mon rôle. Je suis là pour accompagner ces femmes dans ce cheminement douloureux et souvent long qui est le leur. Je ne force pas, j’accompagne.” La psychologue, qui rappelle à juste titre qu’elle est soumise au secret professionnel, les oriente souvent vers les associations locales.

 

Violences conjugales : un réseau pour s’en sortir

Clémence Chtchigrovsky, psychologue au commis sariat de Créteil, accueille et oriente les victimes.

 

L’action concertée des associations

 

Organisées en réseau, ce sont bien ces associations qui mènent un travail approfondi auprès des victimes et de leurs proches. Leur rôle est triple : prévenir, protéger et prendre en charge. Mis en place dès 2014 à l’initiative du Département et du Territoire GPSEA, ce réseau d’aide est également composé de services et d’élus de la Ville et de professionnels des Espaces départementaux des solidarités (EDS), de la Protection maternelle et infantile (PMI) et de la Caf. Tous travaillent de concert pour une meilleure prise en charge des victimes. En 2019, GPSEA a octroyé l’équivalent de 133 000 € de subventions aux structures d’aide locales.

 

Violences conjugales : un réseau pour s’en sortir


Le Territoire fait partie des fon­dateurs du réseau cristolien qui œuvre pour la coordination des acteurs locaux et la sensibilisation des intervenants de proximité au repérage et à l’accompagnement des victimes, notamment par le biais d’un réper­toire réservé aux professionnels et régulièrement actualisé. En appui, le service du logement de la Ville veille à permettre le relogement prioritaire des femmes en danger. Les associations Tremplin 94-SOS Femmes, CIDFF 94 (Centre d’information sur les droits des femmes et des familles), APCE 94 (Association pour le couple et l’enfant) et Espace Droit Famille se ré­unissent, quant à elles, tous les deux mois. Objectif : mener des actions de détection, de lutte contre les violences et de protection des victimes. “Œuvrer main dans la main à une prise en charge globale des femmes victimes reste la meilleure option pour leur permettre de s’en sortir définitivement”, indique Véronique Dubayle, directrice du CIDFF 94. Chaque interlocuteur a ses spécificités et sa manière d’agir, mais tous prennent soin des femmes dans un esprit d’entraide et de respect des décisions.

 

Violences conjugales : un réseau pour s’en sortir

L’Association pour le couple et l’enfant coordonne ses actions avec les autres associations locales.

 

Les associations témoignent

 

Véronique Dubayle, directrice du CIDFF 94

 

Avec 36 antennes sur 24 communes, l’association intervient dans deux domaines : l’information juridique et l’aide aux victimes.

 

“Nous recevons près de 10 000 demandes d’information par an, dont 3700 ont été traitées l’an passé pour violences faites aux femmes. Trouver un logement d’urgence, du travail, expliquer le droit… Nous épaulons les victimes, dans le but de leur donner toutes les clés vers une décision éclairée. Quel que soit leur choix, nous les accompagnons aussi longtemps que nécessaire.”

 

12, avenue François Mitterrand – Tél. : 01 72 16 56 50

 

Pénéloppe Belle, directrice de l’APCE 94

 

Depuis plus de 30 ans, l’association s’occupe de la famille au sens large.

 

“L’écoute, l’orientation et l’accompagnement des femmes sont nos principales missions. Co-victimes, les enfants reçoivent également un soutien appuyé de la part de nos équipes. Les violences conjugales ont la particularité d’être multiples (physiques, économiques, psychologiques…). Pour s’en sortir, il faut donc travailler une situation dans sa globalité.”

 

8, allée Bourvil – Tél. : 01 42 07 49 74

 

Farida Dammene-Debbih, directrice de Tremplin 94-SOS Femmes

 

L’association a accueilli 900 femmes l’an passé. Elle les accompagne dans leur démarche tout en menant un important travail de sensibilisation auprès des populations.

 

“Notre mission est d’accueillir et d’accompagner les femmes et leurs enfants dans toutes les étapes de leur reconstruction. Nous intervenons également pour le relogement des victimes, avec 80 places d’hébergement sur le département. Le parcours est souvent difficile, avec des périodes de doutes, de questionnements, d’introspection. Redéfinir un projet de vie n’est jamais facile.”

 

50, rue Carnot (Maisons-Alfort) – Tél. : 01 49 77 52 12

 

Parler et s'informer

 

Par téléphone
Violences Femmes Info : 39 19Écoute et orientation. Destiné aux victimes de violence ou à leurs proches.

 

Appel anonyme et gratuit :

  • lundi-vendredi : 9h-22h
  • samedi, dimanche et jours fériés : 9h-18h.


Police-Secours : 17À composer en cas d’urgence.


Sur Internet
www.stop-violences-femmes.gouv.fr
Pour toutes informations


https://arretonslesviolences.gouv.fr
Pour s’informer ou faire un signalement. Anonyme et gratuit.

 

Tous à la “Mirabal” !

 

Pour la 9e année consécutive, Tremplin 94-SOS Femmes organise la “Mirabal”, une course sportive de 5 à 10 km, pour sensibiliser à l’égalité et aux violences faites aux femmes.

 

Rendez-vous dimanche 24 novembre, de 8h à 14h, au Parc du Tremblay de Champigny-sur-Marne.

 

Plus d’infos et inscriptions : www.lamirabal-tremplin94.org

 

Chiffres clés

 

  • 3 victimes sur 4 déclarent avoir subi des violences répétées.
  • 8 victimes sur 10 déclarent avoir été soumises à des atteintes psychologiques ou des agressions verbales.
  • Seuls 19% des victimes déclarent avoir déposé une plainte en gendarmerie ou au commissariat de police.
  • 25 enfants mineurs ont été tués en 2017 par un de leurs parents dans un contexte de violences au sein du couple.

 

Article de Créteil, Vivre Ensemble, novembre 2019 n°396